Royaume de contrastes

Dar Bouazza s’étend le long de la mer, à coups de plages privées, ainsi que, de l’autre côté de la route côtière ou sur les hauteurs, de carrés d’immeubles à trois ou quatre étages dûment verdurés, arrosés, piscinés. Gardiens, femmes de ménage et autres nounous semblent tout y gérer, tant ils s’activent du matin au soir pour que les résidents, riches Casablancais, touristes ou expats européens, dont moi, ne se soucient de rien. De fait, quel apaisement, plus ou moins mérité !

Personne n’est dupe, cependant : ces cités proprettes ne sont pas, ne peuvent pas être le Maroc. Toutes confortables qu’elles soient, elles respirent l’artificiel et le tape-à-l’œil. Des Terrasses de Dar Bouazza, par exemple, où j’ai posé mes quelques livres, il suffit de marcher cinq mètres pour tomber, littéralement, sur un terrain vague semé d’immondices. Comme le soleil l’écrase du matin au soir, une odeur persistante s’en échappe en permanence, intensifiée ou balayée par le vent marin, selon sa direction. Des chiens et chats errants y vivent lourdement.

Une route le borde, qui mène à une autre résidence, puis à un autre terrain du genre, puis enfin à la Piste, nommée ainsi parce qu’elle en est une, tout simplement, c’est-à-dire un passage de terre rectiligne, où la poussière recouvre tout, des pieds des enfants qui y jouent aux carrioles vides qui y gisent, en passant par tous les articles que les commerçants du quartier exposent devant leur maigre étal : des balles de mousse, des bonbonnes de gaz, des sacs d’oignons…

S’il est un lieu qui me ressource, c’est bien celui-là. Ses maisons colorées, carrées comme des cases, d’où sortent des familles entières, ajoutent des nuances bienfaisante à la nette blancheur des résidences voisines. Ses habitants s’y parlent dans tous les coins. Ses magasins proposent de tout à des prix dérisoires. Et les sourires sont partout, éclatants, aisés. Sans compte que le boulanger y vend le meilleur pain du monde à seulement 10 centimes.

Ce n’est pas, j’espère, la moindre forme de voyeurisme qui me mène là tous les jours, mais plutôt, outre le besoin de pain, la nécessité de plonger dans une authenticité, quelle qu’elle soit. Les étrangers, ceux qui ne font que passer, ne dérangent pas à proprement parler (je pense), et sans doute les prix qu’ils y paient sont-ils légèrement plus élevés que ceux pratiqués entre voisins, mais après tout c’est de bonne guerre, et la différence ne vaudrait de toutes façons pas qu’on s’y attarde.

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